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2015, après 30 ans de réflexion

2015, après 30 ans de réflexion

L'année passée a laissé, c'est vrai, des traces dans les stastistiques pour l'écurie avec les 282 gagnants qui sont inscrits sur les tablettes au 31 décembre et un cumul de gains encore jamais atteint. Mais c'est déja du passé et au premier janvier, tous les ans, on remet les compteurs à zéro. Pas moyen de se reposer sur ses lauriers pour les ramener à la maison !

 Mais au-delà du titre d'entraineur tête de liste, cette année 2015 est aussi à marquer d'une pierre blanche car elle voit également monter sur la plus haute marche du podium, celle des éleveurs, Benoit Gabeur. (NDLR : éleveur notamment de So French, en photo ci-contre avec Guillaume Macaire, vainqueur du Prix Maurice Gillois et du Prix Morgex à l'automne 2015 sous la casaque de Maggie Bryant)

Cet avènement revêt pour moi un caractère bien particulier et c'est une indicible satisfaction d'y être réunis de concert.

En effet, il y a derrière cet aboutissement en tandem de nombreuses années de travail, de réflexion, de remise en cause, chacun de notre côté, dans notre créneau respectif mais en communion car les activités d'élevage et d'entrainement sont subordonnées. Nos idées conjuguées les ont amalgamées. 

En revenant trente ans en arrière, il me revient en mémoire le temps où on a posé les premières pierres de cette réussite. Même si on ne manquait pas d'avoir théorisé un minimum notre affaire en se référant à la génèse des courses et de l'élevage, aux chemins créés par Le Sancy, Ajax ou Rabelais, même si on adhérait sans réserve aux préceptes de ceux qui avaient réussi comme Frederico Tesio en voulant croire comme lui que "Le pur-sang existe parce que sa sélection ne dépend pas d'experts, de théoriciens, de zoologistes ou de vétérinaires, mais à cause d'un morceau de bois, le poteau d'arrivée du derby d'Epsom."

Même avec notre bonne volonté et nos illusions, loin de nous pourtant était l'idée de conquérir le graal, car en cette époque, nos prétentions étaient bien plus limitées. Il nous restait du chemin à parcourir.

L'écurie de Guillaume Macaire aujourd'hui à La Palmyre :

​Sans jamais dévier d'un pouce notre ligne conductrice, alors que beaucoup riaient sous cape, voire se gaussaient, et croyez moi cela peut vraiment vous mettre dans le doute quand on est les seuls à remonter l'autoroute en sens inverse, la justice du dieu des courses nous a rendu raison à terme après un délibéré palpitant malgré tout !

Notre route était semée d'écueils mais nous avons toujours cru en nos idées en les ajustant aux circonstances nouvelles bien sûr, le tout au départ, avec des moyens financiers très basiques. Car le Benoit Gabeur qu'on nomme respectueusement aujourd'hui "Docteur" n'était qu'un petit étudiant à Maisons-Alfort , sans le sou, et comme ce n'était pas l'opulence de mon coté non plus... et alors que ce crucial problème nous barrait encore la route une décennie plus tard, il me disait :

"Si on suit nos idées, tu verras, dans 20 ans j'arriverai à élever les meilleurs d'Auteuil, et il ne restera pas beaucoup de courses que tu n'auras pas gagnées là-bas". Les Long Run, Bel La Vie, Device ou So French, pour ne citer que ceux-là, en ont été la preuve formelle. Alors forcément, aujourd'hui quand j'ai la chance d'accueillir dans le winning circle un de mes élèves dont j'ai entrainé la mère, la grand-mère, l'arrière grand-mère et que le père aussi était dans mes boxes, vous comprendrez que ma satisfaction ne soit pas mince.

Saint des Saints, conservé entier par Guillaume Macaire et son propriétaire Jacques Détré, est aujourd'hui l'étalon l'obstacle le plus cher d'Europe à 12.000 €.

​Pourtant, quand j'ai décidé de conserver les attributs avant qu'ils furent connus sur la piste des Saint Preuil, Robin des Champs, Kapgarde, Saint des Saints ou d'autres moins fameux, mais à présent père de gagnants (de groupe accessoirement), là encore, certains censeurs ne m'ont pas épargné ! "Faire un étalon avec un cheval qui n'a jamais gagné en plat, mais vous n'y pensez pas mon pauvre !"

"C'est que, cher Monsieur, pour gagner en plat, il aurait déja fallu qu'il s'y produise ! Mais dans quel intérêt ?" aurais-je pu répondre, mais je m'en suis gardé et j'ai mis la tête dans le guidon ! Pourtant, aujourd'hui, ces censeurs-là y vont à ces étalons-là... en disant des choses comme : "J'ai toujours su qu'ils avaient gros de potentiel génétique ! "

La logique et le bon sens paysan en termes d'élevage, tel que les avait appris Benoit Gabeur de la bouche de celui que tous, dans l'ouest, connaissaient sous le vocable de "Père Baudoin", furent également ma doctrine et vous pouvez y voir une relation de cause à effet.

En 1984, à Auteuil, les tous jeunes Christophe Pieux, Benoit Gabeur et Guillaume Macaire avec Jean Royal

L'influence des modes et la notion de valeur hypothétique n'a jamais eu la moindre influence sur notre façon de penser et d'agir. En novembre 1985, nous étions à Deauville - du temps où les ventes n'étaient pas sectarisées comme les produits à vaisselle et les fruits dans un hypermarché (chacun son rayon) et nous y avions acheté dans la limite permise par nos petits moyens un fils de Rex Magna qui s'appelait Jean Royal. Le cheval n'était pas parfait (mais il y en a tant comme ça !), son pedigree remplissait bien la page de catalogue et le marteau tomba suffisamment vite pour que nous en fumes adjudicataires. Assez fiers d'avoir le sentiment d'un achat au meilleur rapport qualité prix, comme ce fut le cas.

Le poulain fit sur la butte Mortemart une très honnête carrière en "black type", (mais surtout permit à Christophe Pieux et à Phillipe Sourzac de faire respectivement, et à un an d'intervalle, leur premier gagnant dans le temple de l'obstacle). Voilà Benoit Gabeur qui demande à un éminent vétérinaire, stétoscope en sautoir, un avis sur l'achat. Un oeil sur son catalogue, un oeil sur l'animal, le praticien commença par un : "Pas mal, pas mal. Tu l'a payé combien?" Le prix décliné par Benoit Gabeur ne correspondant pas vraiment aux vocations que la page de catalogue aurait dû susciter, il coupa derechef nos rêveries de gloire par un : "Ouais, mais bon...euh..." Se ravisant, le futur vétérinaire pas encore émoulu, répondit aussitôt : "Non, non, je plaisante", et annonça un prix qu'il avait multiplié par 4 pour récupérer de la part de son ainé quelque considération sur le lot que nous venions de nous faire adjuger. Ce dernier, instantanément reconsidéra son jugement par un : "Il est propre ton poulain ! Pas mal du tout !" Dès que le véto se fut éloigné suffisamment, Benoit me dit : "Tu vois, encore un qui croit que c'est bien parce que c'est cher !"

D'une certaine façon, cette anecdote est révélatrice de la manière dont lui et moi avons mené notre barque. Mais cela, à cette époque, c'était la différence entre un éleveur qui tenait à le rester et non pas à se muter en commerçant aux ordres des supermarchés à yearlings ! 

Comme il me l'avait dit un jour (en plaisantant ?) : "Après tout, ce n'est pas si compliqué que cela d'être éleveur, si on a quelques idées à soi, il suffit d'avoir un seau d'avoine dans la main droite, un seau d'eau dans la main gauche et pas de barbelés chez soi !"

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